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Les Socialistes du Rhône avec Laurent FABIUS

À tous les socialistes qui relèveront l’espérance, il faut y croire, il faut le vouloir, il faut laisser sur le bord de la route les sceptiques et les fatigués et repartir à l’assaut de la majorité
                                                                                                                                        François MITTERRAND

Cher(e) Camarade,

Nous avons ratifié notre projet. Nous devons maintenant passer à l’étape suivante, désigner notre représentant, celui qui le portera devant nos concitoyen(ne)s, qui l’enrichira sans s’en éloigner comme commencent déjà à le faire certains candidats à la candidature.

L’enjeu n’est pas seulement l’élection présidentielle. Si le P.S. l’emporte mais pratique ensuite une politique blairiste d’accompagnement du capitalisme, la Gauche sera durablement affaiblie, y compris pour les échéances municipales suivantes.

On ne gagne pas dans la confusion. Notre projet, largement inspiré par la motion présentée par Laurent FABIUS (sur les questions salariales, de logement,…) lors de notre dernier congrès, doit marquer une ligne politique clairement de Gauche, une ligne de changement, qui doit nous permettre de réussir ensemble, ensemble les socialistes, ensemble la Gauche, ensemble avec et pour les Français.

Parce que Laurent FABIUS défend depuis longtemps cette ligne de rassemblement de la Gauche;

Parce qu’il a la volonté de mener une politique de changement clair vis-à-vis la politique que nous impose la Droite; parce qu’il ne veut pas de dilution de la Gauche dans un positionnement social-libéral;

Parce qu’il veut mener ce changement pour les Françaises et les Français, par des mesures qui répondent à leurs aspirations en matière de pouvoir d’achat, de logement, de défense des services publics, de renforcement de l’éducation nationale, de lutte contre toutes les discriminations,…

Parce que face aux désordres de la mondialisation libérale, Laurent FABIUS veut mettre la solidarité, l’intervention publique et le volontarisme au coeur d’un contrat des socialistes avec nos concitoyens;

Pour que chacun, avec ses spécificités, se sente à l’aise dans la République et puisse pleinement y réussir, parce que plus la Nation est diverse, plus la laïcité et la République nous soudent et nous rassemblent;

Parce que pour continuer l’Europe il faut un nouveau processus institutionnel qui refusera sa dilution dans l’Europe libérale et sera centré sur les institutions et les valeurs humanistes de l’Union;

Parce qu’il a l’envergure d’un homme d’État, pour que la France retrouve son poids politique international et soit de nouveau porteuse pour d’autres peuples dans le monde et d’abord pour les plus pauvres de réponses, de valeurs et d’espoirs;

Parce que l’alternance de 2007 doit être pour nos concitoyens une alternative à la politique libérale actuelle,

Nous avons choisi de soutenir la candidature de Laurent FABIUS lors de la désignation interne de notre candidat.

Nous t’appelons pour toutes ces raisons à le faire également et à nous rejoindre dans ce combat, pour réussir ensemble le changement.

(pour signer le comité de soutien: laurent.fabius.69@gmail.com ou "Les socialistes du Rhône avec Laurent FABIUS", 3 rue Émile Zola, 69120 Vaulx-en-Velin)
Vendredi 15 septembre 2006

PARIS (AP - 14 septembre 2006) - "J'en ai plus qu'assez que le seul endroit où on ne débatte pas vraiment" soit "le Parti socialiste", s'est agacé jeudi Laurent Fabius, candidat à l'investiture du PS pour la présidentielle.

A moins de trois semaines de l'ouverture de la campagne interne au PS, l'ancien Premier ministre a réclamé "qu'on organise des débats sur le fond, maîtrisés, avec la télévision" entre les candidats. "On ne peut pas se protéger en permanence", a-t-il sermonné sur itélé, dans une flèche au Premier secrétaire du PS François Hollande ainsi qu'à Ségolène Royal, accusée par ses compétiteurs d'esquiver le débat.

Durant la campagne interne qui s'ouvrira le 3 octobre, le PS devrait organiser trois débats entre les candidats déclarés, voire un quatrième en cas de second tour. Or, leurs modalités n'ont pas encore été fixées: derrière un pupitre ou non, modérés ou pas par un animateur, retransmis à la télévision ou sur Internet. Les militants choisiront leur candidat le 16 novembre (le 23 en cas de second tour).

L'entourage de M. Fabius a par ailleurs confirmé que celui-ci a déjeuné lundi avec Lionel Jospin, à la demande de ce dernier. Les deux hommes, qui ne s'étaient pas vus depuis le printemps 2004 et ont longtemps entretenu des rapports compliqués, ont évoqué la situation en Europe et se sont retrouvés sur la nécessité que le débat interne au PS soit "maîtrisé" mais "réel", selon un proche de M. Fabius.

De même source, on certifie qu'il n'y a "pas de pacte négatif" entre eux "pour faire barrage" à quelque candidat que ce soit au PS, mais qu'il peut y avoir "des convergences sur ce que doit être l'orientation du PS et le sens d'une candidature en 2007".

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Vendredi 15 septembre 2006

(Le Monde - édition datée du 15 septembre 2006)

Dites à des responsables d'instituts de sondages que vous exhumez toutes les enquêtes d'intentions de vote réalisées à huit mois de l'élection présidentielle depuis 1981, la réaction ne tarde pas : " Ça ne va pas être triste !", s'exclame Brice Teinturier, directeur général adjoint de TNS-Sofres. Pierre Giacometti, directeur général d'Ipsos-France, saisit l'occasion pour vilipender l'utilisation des sondages faite par certains, à gauche, pour contrer la candidature de Ségolène Royal.

Ainsi Claude Allègre, fidèle de Lionel Jospin, arguant du fait, qu'à l'automne 2001, le premier ministre de l'époque était largement favori - ce qui ne l'a pas empêché de perdre. Sous-entendu : Mme Royal, aujourd'hui portée par l'opinion, pourrait connaître le même sort. Et M. Jospin un sort inverse. Bref, les sondages se tromperaient systématiquement.

Les chiffres démentent d'ailleurs l'ancien ministre de l'éducation nationale : en septembre 2001, M. Jospin était derrière Jacques Chirac, autant dans les bonnes opinions (9 points d'écart), que dans les intentions de vote (1 point d'écart au premier tour, 2 points au second), selon un sondage BVA réalisé pour Paris Match.

L'hebdomadaire titrait ses pages politiques, le 13 septembre 2001 : "Chirac bat Jospin". Un troisième sondeur, Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l'IFOP, précise que ses études sont toujours assorties de la mention suivante : " Les résultats de cette enquête doivent être interprétés comme une indication significative de l'état des rapports de force actuels, dans la perspective du prochain scrutin présidentiel. En aucun cas, ils ne constituent un élément prédictif des résultats le jour du vote."

Prédiction, le mot est lâché. Que faut-il attendre des enquêtes d'opinion, lorsque l'on demande à des électeurs, à huit mois d'un scrutin présidentiel, pour qui ils voteraient ? " Les sondages à huit mois n'ont jamais annoncé l'élection", tranche M. Giacometti. Une exception : en octobre 1987, Louis Harris pour L'Express avait donné le résultat du second tour à quelques dixièmes de point près.

L'argument selon lequel les sondages se sont toujours trompés, ou n'ont pas testé les candidats finalement en lice, ne suffit pas à les récuser. Le meilleur des sondages ne peut donner que ce qu'il a.

La tentation est grande, il est vrai, de pointer les "erreurs", dans des enquêtes réalisées aussi longtemps avant le scrutin. En septembre et en octobre 1980, le président sortant, Valéry Giscard d'Estaing, était donné largement vainqueur par plusieurs instituts, face à François Mitterrand comme à Michel Rocard, au premier tour. Il l'emportait également au second tour, de très loin devant Mitterrand et de façon plus serrée devant Rocard. Le 10 mai 1981, portant la gauche au pouvoir, M. Mitterrand entamait un double mandat de quatorze années.

Six ans plus tard, cela n'empêchait personne de croire aux chances de Raymond Barre, donné vainqueur dans tous les cas au second tour de la présidentielle de 1988, contre le même Michel Rocard, toujours testé, jamais candidat.

Exemple édifiant encore, que celui de l'élection de 1995. Le socialiste Jacques Delors, président de la Commission européenne, avait figuré dans les enquêtes pendant des mois, arrivant en tête de plusieurs sondages en septembre et en octobre, jusqu'à ce qu'il annonce, le 11 décembre 1994, qu'il ne se présenterait pas.

A droite, c'est pire encore. Le duel entre Jacques Chirac et Edouard Balladur est sans doute le souvenir de campagne le plus vif qu'aient gardé les sondeurs.

A l'automne 1994, le maire de Paris était toujours loin derrière le premier ministre dans les enquêtes de premier tour, tandis qu'au second M. Balladur écrasait toujours... M. Delors.

L'élection de 2002, enfin. Nul ne pouvait prévoir, à l'époque, l'intrusion au second tour du président du Front national, Jean-Marie Le Pen, que les enquêtes créditaient huit mois plus tôt, en septembre 2001, d'un maigre 7 %. Tous les instituts testaient, d'un même élan, un second tour Chirac-Jospin, duquel le président de la République sortait vainqueur.

Au-delà des intentions de vote, pour affiner le jugement, quels indices aurait-il fallu relever dans les sondages de précampagne présidentielle des vingt dernières années ? En 1980, c'est le taux d'indécis sur lequel aurait dû se porter l'attention : 45 %, au moment où Valéry Giscard d'Estaing faisait encore la course en tête. En 1987, lorsque M. Rocard était testé, il aurait fallu se pencher attentivement, comme l'avait fait André Laurens dans Le Monde, au début du mois d'octobre, sur le socle d'électeurs de François Mitterrand : le président "fait quatre fois mieux que M. Rocard au sein du PS et plus de deux fois mieux que M. Lajoinie dans l'électorat communiste (...), écrivait-il. Il a une meilleure pénétration que M. Rocard chez les personnes âgées de plus de quarante-cinq ans et chez les plus jeunes. (...) Grâce à sa pratique de la cohabitation, il a progressé dans l'électorat de droite".

M. Rocard a pourtant figuré, honorablement, parmi les présidentiables testés "jusqu'à la catastrophe des européennes de 1994", note Frédéric Dabi. A droite, pour cette élection de 1988, Raymond Barre était le candidat le plus consensuel et considéré comme le seul apte à battre François Mitterrand, "mais, observe Stéphane Rozès, directeur du département Opinion de l'institut CSA, il n'avait pas la cohérence dans le noyau dur de la droite où Chirac est devant lui".

La grande leçon reste 1995. "Il n'y a pas d'argument plus sot et plus faux pour critiquer les sondages que l'affaire Balladur-Chirac, avertit Brice Teinturier. Balladur au plus haut dans les enquêtes, cela mesurait quelque chose de réel." Mais tous les sondeurs observent aussi que, dans le noyau dur de la droite, c'est Jacques Chirac qui a toujours tenu la corde, "jamais distancé dans son propre électorat", comme le dit Pierre Giacometti. Le socle, toujours le socle, qui dit la solidité dans la durée. En 2002, un voyant d'alerte aurait dû clignoter, celui des indécis, nombreux jusqu'au dernier moment, alors qu'en 1980-1981, leur nombre avait progressivement diminué à l'approche de l'élection.

Ce qu'il faut attendre, au fond, de sondages réalisés à huit mois d'une élection présidentielle, c'est l'établissement d'un rapport de forces, un jalon qui permettra de comprendre ce qui va fabriquer le résultat final. "Le film bouge, par définition. La campagne reconfigure, accélère, déplace", dit M. Teinturier. Les sondeurs s'accordent donc sur ce point : tout se joue lorsque la campagne est vraiment commencée.

Mais quand démarre-t-elle ? L'ouverture de la campagne officielle est un indicateur trop grossier. La désignation des candidats est un critère nécessaire, mais pas suffisant. Pour le directeur de la Sofres, il s'agit du moment "où l'on a le sentiment que les Français ne sont pas au théâtre, en spectateurs distanciés, mais attentifs et réceptifs au message politique".

S'il fallait des preuves que la campagne détermine le résultat, il n'y a qu'à piocher. Lionel Jospin a payé très cher en 2002 le "vieilli, usé, fatigué" destiné à Jacques Chirac, ou "mon programme n'est pas socialiste". "Ce n'était pas Chirac qui montait, c'était Jospin qui baissait", observe M. Giacometti. Pour ce dernier, en 1995, le grand meeting de M. Chirac, porte de Versailles, sur le thème "Croire en la France" a marqué un basculement. Les courbes se sont inversées la semaine suivante. Comme d'autres, le directeur d'Ipsos souligne les événements qui ont été fatals à Edouard Balladur, provoquant le croisement des courbes avec son rival de droite. La circulaire sur les IUT "réactivait le mauvais souvenir du CIP, avec un effet rétroactif terrible, alors qu'il avait réussi à l'effacer", rappelle, de son côté, M. Teinturier qui cite également l'affaire Schuller-Maréchal.

Aujourd'hui, deux candidats, Nicolas Sarkozy à droite et Ségolène Royal à gauche, distancent tous les autres. Encore faut-il attendre leur investiture officielle, qui ne fait guère de doute pour le président de l'UMP. "Si les sondages restent ce qu'ils sont, je ne vois pas comment les militants peuvent faire un autre choix que Ségolène Royal", relève toutefois M. Giacometti. A l'évidence, les sondeurs ne se fondent pas sur les seules intentions de vote pour estimer la solidité de la situation de ces deux candidats putatifs. Ils s'appuient aussi sur des études qualitatives et sur l'analyse du socle d'électeurs de chacun. Celui du ministre de l'intérieur est consistant, avec 15 % à 20 % de très bonnes opinions, construit depuis plusieurs années. Celui de Mme Royal agrège divers publics, qui mordent sur l'UDF et même sur le Front national, selon Stéphane Rozès.

Les analystes s'accordent à dire que les niveaux actuels ne dureront pas. "La campagne va éroder ces socles, ne serait-ce que par la montée des petits candidats", prévoit Frédéric Dabi. "Si Ségolène Royal est investie, elle ne sera plus comparée aux éléphants mais considérée pour elle-même et jugée par rapport à Nicolas Sarkozy. Cela fera-t-il bouger sa popularité ?", s'interroge Brice Teinturier. D'autres éléments d'incertitude pèsent sur les mois qui viennent, tenant aux caractères propres de l'élection de 2007. Pour la première fois, les militants vont jouer un rôle décisif dans la désignation des principaux candidats. Aucun des compétiteurs déjà déclarés - à l'exception de Laurent Fabius - n'aura jamais été ni premier ministre ni président, ou ne sera un sortant dans ces rôles. Enfin, contrairement à 1988, 1995 et 2002, l'élection n'aura pas lieu en période de cohabitation. Le suspense peut commencer.

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Jeudi 14 septembre 2006

PAR EMMANUEL TODD, démographe et historien. Interview publiée par le journal Le Parisien

Vous êtes remonté contre les hommes politiques... Pourquoi ?

Emmanuel Todd. Les politiques s'interdisent de parler du principal problème qui concerne les gens : notre système économique.

Or, le libre-échange, c'est ce qui produit un tiers-monde dans les pays développés et détruit notre industrie. Les politiques ne parlent que de choses qui n'intéressent pas les gens. Cela produit un immense désintérêt.

Sont-ils les seuls fautifs ?

L'époque est au repli sur soi. Il y a une perte de sens de l'action collective dans tous les domaines. Même les syndicats se décomposent. C'est dans ce genre de monde incertain que peuvent apparaître ces « fantômes politiques » comme Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal, deux candidats du vide.

Pourquoi des « fantômes » ?

Parce qu'ils n'incarnent plus rien. Les hommes politiques d'autrefois incarnaient des idéologies plus grandes qu'eux-mêmes. Maintenant, il n'y a plus rien à incarner. Et s'il n'y a plus rien à incarner, que va-t-on regarder chez les hommes politiques ? Leur visage, leur vie personnelle, leur style...

Vous pensez à Ségolène Royal...

Ségolène Royal, j'ai l'impression qu'elle a été fabriquée par le vide et qu'elle n'est pas vraiment responsable de ce qu'elle est aujourd'hui. Un grand hebdomadaire et des sondages d'opinion, à eux seuls, tentent de faire croire qu'elle existe... Ils l'ont désignée sans programme. C'est une sorte de putsch. Si c'est elle qui est désignée, on pourra dire que les sondeurs on fait une OPA sur le PS. En tout cas, le Parti socialiste donne l'image d'une décomposition accélérée.

Vous n'aimez pas non plus les sondages...

Des sondages sur la politique réalisés un an avant l'élection, et donc avant que ne s'engage le débat électoral, ne sont à mon sens indicateurs de rien du tout. Hors période électorale, les sondés répondent à un quizz, ils sont à « Questions pour un champion » et on les teste pour savoir s'ils sont au courant...

Vous pensez que Nicolas Sarkozy lui non plus « n'incarne rien » ?

Nicolas Sarkozy est dans le système depuis longtemps. Il a vraiment gouverné, on l'a vu faire. Il y a chez lui un trait récurrent : la logique du bouc émissaire, qui est inséparable de la logique de l'impuissance. Il est dans une logique de division, pas de rassemblement. Je ne crois pas que Nicolas Sarkozy puisse séduire l'électorat français. Je crois même qu'il n'a aucune chance et qu'il perdra au second tour contre n'importe quel candidat de gauche.

Que pensez-vous de son thème, la « rupture » ?

Il n'y a plus de croyances collectives en France. Mais, plus profond, il y a des valeurs communes. Les Français sont des gens qui croient encore à la liberté et à l'égalité. Y compris dans leur vie quotidienne. On ne vit pas en Angleterre ou aux Etats-Unis, où la montée des inégalités est quelque chose qui passe assez bien parce que les gens ne croient pas tellement à l'égalité. Ici, c'est autre chose. La montée des inégalités, des privilèges, des superprofits, tout cela ne passe pas. Derrière le mot « rupture » et le slogan de Sarkozy, « la France d'après », moi j'entends en fait « Après la France »... Sarkozy, en proposant aux Français d'aller encore plus loin dans l'ultralibéralisme, leur propose de « rompre » avec des choses auxquelles ils restent très attachés : l'hôpital public, l'école, la Sécurité sociale... Il se comporte comme s'il n'avait pas conscience de la solidité de ces valeurs de base de la vie sociale. A mes yeux, Sarkozy ferait un meilleur candidat pour un public d'Américains d'il y a vingt ans.

Vous semblez donc penser qu'il n'a aucune chance d'être élu président...

Tout le monde l'a déjà oublié, mais toute sa vie politique n'est qu'une longue suite de gamelles. On n'a aucune preuve électorale de Sarkozy ! J'ajoute autre chose : la différence entre un Chirac et un Sarkozy, c'est que le premier a une sensibilité ancrée dans l'histoire de France. Il partage avec les Français les idées d'égalité, de rapport à l'Etat. Bizarrement, Sarkozy me semble comme en apesanteur par rapport à cette histoire. Chirac fait partie de ces hommes politiques qui savent, lors de ces innombrables situations de révolte, parler aux Français. Sarkozy, lui, reste dans l'affrontement. Il fait partie de ceux qui pensent qu'on peut faire sans les gens. Dans ce cas, c'est difficile de se faire élire ailleurs qu'à Neuilly.

C'est pourtant le champion de la lutte contre l'insécurité, un thème cher aux Français...

La thématique sécuritaire a déjà été testée plusieurs fois, elle ne marche pas. Chirac en 2002, avec la sécurité, a fait un score à peine moins remarquable que celui de Lionel Jospin. Aux dernières régionales, avec un Sarkozy, ministre vedette, champion de la sécurité, l'UMP a connu une débâcle. En fait, je ne crois pas que Sarkozy incarne vraiment les valeurs d'ordre et de sécurité traditionnelles de la droite. Avec lui, je trouve au contraire qu'on ne se sent pas en sécurité. Il montre une agitation incessante, un besoin de parler, de se montrer, de bouger, d'opérations coups de poing... Il véhicule l'image de l'homme politique qui est le plus proche des grands patrons et qui tape sur les plus vulnérables de la société. Or, la réalité sociologique en France, ce sont les classes moyennes qui décrochent des classes dirigeantes. Cela s'explique à mon avis par un emballement dramatique du coût du logement, qui est aujourd'hui une forme déguisée d'inflation.

Le 21 avril, avec un Le Pen au second tour, est-ce un accident ou la nouvelle norme ?

C'est toute la question. Prenez deux réalités électorales récentes. La plus proche, c'est le référendum sur l'Europe : 55 % de non. Or, avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, on a deux candidats du oui. On est déjà dans une configuration où le clivage considéré comme essentiel par les Français n'est pas respecté... Cela ne peut qu'encourager le vote Le Pen. Pour moi, le FN n'est pas un parti sérieux. Les électeurs qui votent pour lui se dispersent dans le néant. C'est un vote perdu, une forme d'abstention colérique. La deuxième réalité électorale, c'est la défaite de l'UMP aux régionales. Avec tout cela, on peut raisonnablement pronostiquer une répétition inversée de ce qui s'est passé le 21 avril 2002 : un second tour avec cette fois le candidat FN opposé à un candidat du PS.

La menace Le Pen ne transforme-t-elle pas la présidentielle en une campagne exclusivement de premier tour ?

On voit bien que Nicolas Sarkozy fait tout pour faire monter le FN. Il espère ainsi la répétition à son avantage du 21 avril 2002. Même avec seulement 19 % des voix au premier tour, cela lui permettrait d'être élu président en se retrouvant face à Le Pen au second tour. C'est une logique de putsch là aussi. Mais cette logique présente un risque pour Sarkozy : elle assure une formidable discipline de vote à gauche. Si la présidentielle est devenue exclusivement une campagne de premier tour, cela veut dire que notre système démocratique est en train de muter. On serait entré dans un système politique malade avec un Le Pen qui permettrait à d'autres d'échapper au suffrage universel.

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Jeudi 14 septembre 2006
 

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se sont prononcé tout deux pour la suppression ou l’assouplissement de la carte scolaire. La prise de position du président de l’UMP n’est pas une surprise : elle confirme la radicalisation libérale et réactionnaire de la droite (voir ci-dessous). Celle de Royal ne peut en revanche que surprendre. Une telle mesure contredirait en effet toutes les valeurs de la gauche. Du coup, Villepin a pu s’immiscer dans ce débat en se posant en garant des principes républicains… tout en proposant à son tour de remettre en cause ce principe fondateur de l’école pour tous. On comprend que nos concitoyens puissent être déboussolés et se demander quoi penser et quoi faire de la carte scolaire ?

Maintenir à tout prix la carte scolaire

La carte scolaire, c'est-à-dire l’obligation de scolariser ses enfants dans un établissement en fonction de sa résidence, est née avec la création du collège dans les années 1960. Ce n’est pas une lubie bureaucratique de l’éducation nationale mais la condition de l’accès égal de tous à l’enseignement.

La carte scolaire garantit d’abord la non concurrence entre établissements. Laisser les parents choisir l’établissement scolaire de leurs enfants conduirait en effet à introduire une logique de marché dans le système éducatif. Avec des consommateurs (les parents et accessoirement leurs enfants) et des fournisseurs de services scolaires en compétition pour en attirer le plus grand nombre possible. C’est le modèle que défendent les libéraux partout dans le monde. Les conséquences seraient pourtant désastreuses.

D’abord, la concurrence aggraverait les inégalités. Les établissements les plus cotés recevraient en effet un afflux de demandes et pourraient en conséquence sélectionner les élèves… rejetant les moins bons dans des établissements dont le niveau baisserait dramatiquement. Il y aurait constitution systématique de ghettos scolaires. La liberté de choix est donc un double leurre. Les parents qui croient pouvoir soustraire leurs enfants à un collège qu’ils considèrent comme moins bon seraient déçus deux fois. D’abord plus la liberté serait grande, plus la concurrence serait vive et plus leur progéniture risquerait d’être refusée dans le collège d’élite auquel ils aspirent. Ensuite, ils seraient contraints dans ce cas de l’inscrire dans un établissement amputé de ses meilleurs élèves, dont le niveau connaîtrait du coup une très forte dégradation. Triste bilan ! Par ailleurs, le libre choix suppose d’être bien informé, et même quasi initié… ce qui n’est pas à la disposition du plus grand nombre et surtout pas dans les catégories populaires. La ségrégation scolaire serait pour beaucoup une ségrégation sociale.

Ensuite, la concurrence pousserait à la différenciation. L’étape suivante après le soi-disant « libre choix » de l’école par les parents serait le libre choix par les proviseurs des programmes et des enseignants. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans le privé, contraint de différencier à outrance son offre pour survivre, de développer des politiques commerciales et publicitaires coûteuses et donc de rechercher sans cesse des investisseurs (collectivités locales, entreprises, églises) capables de les financer. Si le public lui emboitait le pas, c’en serait fini de la mission de creuset républicain de l’école, avec les mêmes programmes et les mêmes enseignants sur tout le territoire.

Enfin, la concurrence entraînerait désorganisation et gabegie. Il serait impossible de programmer un financement public national si l’Etat était rendu incapable de prévoir les besoins de scolarisation (combien d’élèves à quel endroit, dans quelles disciplines…). On aurait des classes vides d’un côté, des sureffectifs imprévus de l’autre, en fonction des mouvements panurgiques de parents souvent guidés par la rumeur, avec des coûts exorbitants pour la collectivité et de réels dangers pour l’économie productive du pays qui serait victime de l’illisibilité des formations et d’une baisse des qualifications du plus grand nombre.

Lutter contre les contournements

Curieusement personne n’a vraiment défendu jusqu’ici l’hypothèse pourtant la plus évidente dans ce débat : si la carte scolaire ne parvient pas toujours à assurer l’égalité, c’est parce qu’elle est contournée, en particulier en Ile-de-France. C’est donc en s’attaquant à ces contournements que l’on résoudra le problème et non comme on l’entend en donnant raison à ceux qui trichent. Ce raisonnement est aussi fou que celui qui justifierait la suppression de l’impôt sur le revenu au motif qu’il y a des fraudeurs. Mais c’est somme toute assez logique dans la mesure où les principaux émetteurs de ce débat (médias, hommes politiques libéraux et sociaux-démocrates, experts) appartiennent tous ou presque aux mêmes couches sociales, qui sont précisément celles qui contournent à outrance la carte scolaire. Ce n’est pas un hasard si les records de triche ne sont pas atteints dans les départements les plus déshérités (comme le 93 ou le Nord) mais dans les zones les plus aisées (Paris) où les réflexes de défense sociale contre les classes dangereuses sont les plus forts, et pas toujours les plus justifiés. Dans cette logique de ségrégation, on trouve toujours, même entre gens aisés, un plus pauvre que soit dont il faut se distinguer et se séparer. Paris en est l’exemple le plus emblématique puisqu’elle connaît à la fois une boboïsation fulgurante et un emballement des fraudes à la carte scolaire (atteignant le record de 50 % selon certaines estimations).

Délibérément enfouie dans ce débat, la principale source de contournement de la carte scolaire réside dans le développement soutenu de l’enseignement privé depuis 20 ans. Même s’il n’est pas le seul responsable du déraillement du système, sa croissance a accéléré dans beaucoup d’endroits la polarisation sociale des établissements scolaires. En entretenant un véritable cercle vicieux. Car à mesure que s’étend l’hémorragie vers le privé des « bons élèves » ou de ceux dont les parents sont les mieux informés ou fortunés, les établissements publics les plus en difficultés s’enlisent encore plus dans leurs problèmes. Un des principaux vices de l’enseignement privé est qu’il peut en effet trier ses élèves à son gré, selon leurs résultats scolaires ou le profil des familles. Avec des méthodes très subtiles de sélection occulte comme l’éjection avant les examens des élèves susceptibles d’échouer ou d’être trop justes. Ainsi s’expliquent souvent les taux mirobolants de réussite aux examens affichés par l’enseignement privé. Ainsi se met surtout en place un système scolaire à deux vitesses.

Assurer l’égalité

Enfin, il faut rappeler qu’il n’existe pas de ghettos scolaires qui ne soient pas d’abord des ghettos urbains et sociaux. C’est lorsque que l’on n’ose plus affronter les problèmes de logement et de misère sociale que l’on fait porter à l’école la responsabilité de problèmes qui lui sont extérieurs. La remise en cause de la carte scolaire traduit le refus de casser les ghettos, que l’on veut officialiser à l’inverse dans l’enceinte scolaire.

D’un point de vue de gauche, les inégalités entre établissements ne posent donc pas la question de la suppression ou de l’assouplissement de la carte scolaire. Ils posent le double enjeu de l’abolition de l’apartheid social qui gangrène notre pays et du rétablissement de l’unité républicaine d’un service public d’éducation menacé par la lubie libérale de la mise en concurrence et vampirisé par l’enseignement privé.

Généalogie d’une idée de droite

Années 1980 : économistes ultra-libéraux et extrême droite

Les premières attaques contre la carte scolaire sont apparues dans les années 1980 lors du déferlement de la vague néolibérale en Europe. Inspiré de la pensée d’Hayek et Milton Friedman, quelques économistes ultralibéraux commencent à avancer l’idée qui est reprise en France par Alain Madelin dans son essai « Pour libérer l’école ». Dans le même temps, le Front National est le premier parti à l’adopter comme principe phare de son programme éducatif, en prévoyant d’ailleurs la privatisation totale du financement des écoles qui est son corollaire (versement aux parents d’un chèque éducation qu’ils seraient libres de dépenser). Cette idée figure toujours en tête des propositions pour l’éducation du Programme du Front National : « Il convient de rendre aux parents le droit de choisir eux-mêmes l’école de leurs enfants. La carte scolaire sera abrogée ».

Années 1990 et 2000 : recyclage par la droite traditionnelle

En 1993, toujours sous l’effet de l’influence néolibérale à droite le programme du RPR propose pour la première fois de supprimer la carte scolaire. En partie abandonnée par la droite au pouvoir, l’idée continue toutefois d’être portée par Démocratie libérale (Madelin).

En déclarant le 23 février 2006 vouloir « supprimer à terme la carte scolaire », Nicolas Sarkozy n’a pas fait preuve d’une aussi grande originalité que le font croire les médias. Il s’est mis dans les pas de la droite ultra-libérale et de l’extrême droite.

Un discours nouveau à gauche

Quoi qu’elle en dise aujourd’hui en affirmant vouloir « aménager » et pas supprimer la carte scolaire (même si ses propositions reviennent de fait à la supprimer), Ségolène Royal a bien affirmé le 3 septembre à Florac dans l’Hérault que « l’idéal serait de supprimer la carte scolaire ». Ses propos prennent complètement à contrepied les grandes organisations de gauche du secteur de l’éducation, à commencer par la FCPE et la FSU. En proposant d’ « élargir la sectorisation » en laissant les parents « libres de choisir entre deux ou trois établissements », Ségolène Royal se cale exactement sur la position défendue par la PEEP. Pire, en affirmant sur France 2 le 7 septembre que « le libre choix de l’école est un bon principe », Ségolène Royal a offert à tous les défenseurs de l’enseignement privé une revanche inattendue sur la gauche. « Libre choix », « Liberté de l’enseignement », « Ecole libre », autant de slogans arborés dans la grande manifestation de la droite et de l’Eglise catholique pour l’école privée en 1984.

Par les Socialistes du Rhône avec Laurent FABIUS - Publié dans : laurent.fabius.69
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Mercredi 13 septembre 2006

Ce matin, une publicité m’a sauté aux yeux dans les couloirs de la gare du Nord : « Scolarité : la clef du succès, la confiance en soi ». Une petite bouffée humaniste dans cet univers de tension, de compétition, d’agressivité… Eh oui, je ne me résignerai jamais à ces dérives inquiétantes qui nous poussent à écraser, encadrer, juguler, les faibles, les fragiles, ceux qui manifestent, comme dit élégamment Tony Blair des « comportements antisociaux » ( NB entendez-là, les délinquants pauvres, parce que ceux qui se domicilient dans un paradis fiscal ou un chanteur français qui devient Belge pour devenir monégasque et échapper à l’impôt ne constituent pas des comportement anti-sociaaux).

Je ne veux jamais oublier qu’il faut tout à la fois sanctionner et permettre à chacun de retrouver assez de confiance et de dignité à ses propres yeux pour s’appuyer sur le meilleur de lui-même et trouver un autre chemin, positif pour lui et les autres. Trop souvent, la société et même les institutions n’en ont cure, ne cherchent pas à donner confiance aux jeunes, aux personnes modestes ou en difficulté, trop souvent elles les enfoncent, cassant tout ressort dynamique. Pour moi, tout cela est essentiel et fait sans doute partie de la part d’utopie de gauche qui ne m’a jamais, pour autant, amenée à l’angélisme. Car le caïd, ici où là, défendra les mêmes valeurs et les mêmes méthodes que les plus sinistres des capitalistes, méprisant autrui et les faibles ! Pour autant, il est indispensable de garder toujours en tête l’équilibre entre ces deux exigences : faire respecter la règle et le droit, agir pour éduquer et redonner confiance en soi et en la société !
La formule publicitaire m’a touché plus particulièrement, car nous avons tous vécu ces moments où nos enfants ont des difficultés à l’école. Faut-il faire une incessante pression sur eux pour qu’ils travaillent ? Déjà mes arbitrages, et ceux de leur père allaient dans le sens de cette constatation « il faut leur donner confiance en eux, sinon rien ne marchera ». Et d’ailleurs, en effet ca marche mieux. En tout cas, cette affirmation m’a confortée.

Ce soir, la lecture du « Monde » qui relate l’incident à Quimperlé entre Ségolène Royal et une jeune socialiste me fait bondir. Le titre du papier est « elle a agi comme une Mère ». Je crois rêver ! Cette jeune fille au demeurant très polie, qui pose une question politique très classique, que des commentateurs avertis auraient pu poser, se voit ouvertement tancée, méprisée avec une mauvaise foi et une nervosité révélatrice. J’ai eu l’immense bonheur d’avoir une mère qui n’a jamais cru qu’il fallait me casser, m’humilier, m’abaisser pour me faire grandir et me convaincre de ses valeurs. Jamais je n’aurais eu ce comportement de femme jalouse et supérieure avec mes enfants. Et oui il faut penser à leur donner confiance en eux ! Dans le cas présent, c’est raté. Alors dire que Ségolène s’est comportée comme une Mère. Non et non !!!
Je n’ai pu m’empêcher, dans mon for intérieur de penser à ces déclarations satisfaites sur la démocratie participative qui emporterait dans un souffle de renouveau et de bonheur partagé la région Poitou-Charentes et de me dire: « La démocratie participative c’est bien, à condition qu’on soit d’accord, sinon ca va barder. »
Par comparaison, m’est revenue en mémoire, la façon habile et souvent convaincante avec laquelle François Mitterrand nous répondait lorsque j’animais les « Etudiants socialistes ». Dans ces années 70, notre impertinence était à la hauteur de ces périodes de contestation et l’affrontement politique était âpre (pour les plus anciens, souvenez vous du congrès de Metz), mais Mitterrand était complaisant et compréhensif, sans doute aussi, in fine, plus redoutable et efficace. Il aimait la jeunesse, la savait rebelle et jugeait nécessaire ses décalages. Il avait confiance en elle. Il avait aussi la force tranquille !

 

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Mardi 12 septembre 2006
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Mardi 12 septembre 2006
 

Le "mini-traité" préconisé par Nicolas Sarkozy pour sortir l'Europe de l'impasse serait une "maxi-imposture", a mis en garde lundi Laurent Fabius, accusant le président de l'UMP de vouloir "court-circuiter" le vote des Français.

Vendredi dernier, en visite à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a précisé les contours du "mini-traité" qu'il appelle de ses voeux pour sortir l'Europe de la crise institutionnelle consécutive aux "non" français et néerlandais. Ce texte, qui reprendrait les propositions les plus consensuelles de la Constitution européenne, serait ratifié par les Parlements nationaux en 2008, pour s'appliquer à partir de 2009.

C'est "un mini-traité pour une maxi-imposture", a dénoncé Laurent Fabius lors d'un "chat" sur "Lemonde.fr". "Ce que le peuple français a décidé par référendum doit être soumis, d'une façon nouvelle et différente bien sûr, à la France par référendum", a-t-il souligné, accusant M. Sarkozy de vouloir "court-circuiter" le vote des Français en faveur du "non" lors du référendum européen du 29 mai 2005.
Interrogé sur son "plan B" pour sortir l'UE de la crise, l'ancien Premier ministre a répondu qu'il faudra "préparer une nouvelle négociation de la Constitution en se centrant" sur les deux premières parties du Traité constitutionnel européen, qui traitent des "valeurs" et des "institutions". "Sur tous ces points, j'ai déjà amorcé des discussions avec les responsables européens", a-t-il assuré.

Candidat à l'investiture du PS pour la présidentielle, Laurent Fabius a fait valoir au passage que "la France aura une position beaucoup plus forte" dans ces négociations si elle est représentée "par un chef d'équipe" qui a défendu le "non", "à l'unisson" des Français.

Interrogé par ailleurs sur les prises de position de Ségolène Royal, notamment sur la carte scolaire, il a montré du doigt "une gauche qui se contorsionne et qui croit qu'en chaussant les bottes de la droite ou du centre elle va gagner, puis réussir".

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Lundi 11 septembre 2006

Laurent Fabius est intervenu à la Convention fédérale des Français à l’étranger qui s'est tenue à l'Assemblée Nationale le 29 août dernier. Voici le texte de son discours.

Chers camarades,

Je suis heureux d’être parmi vous et vous remercie d’avoir organisé cette rencontre. L’échéance présidentielle de 2007 sera bien plus qu’une élection, elle marquera une orientation : ou bien la droite l’emporte et notre pays s’alignera sur le modèle hyperlibéral dominant, ou bien c’est la gauche qui est victorieuse et une politique alternative, de volonté et de résistance, doit être possible pour la France, l’Europe et le monde. C’est pourquoi l’enjeu exige le débat et des rencontres telles que celle que vous rendez possible aujourd’hui. Avant dé répondre à vos questions au cours de l’après-midi, je souhaite concentrer mon propos sur trois enjeux qui me tiennent à cœur et qui vous préoccupent comme citoyens.

1) A quelles conditions le Parti Socialiste et la Gauche peuvent-ils gagner en 2007 ?

Avant tout, nous devons faire une analyse exacte de nos passages successifs aux responsabilités et de notre défaite collective de 2002. S’il s’agit de mener en 2007 exactement la même politique que par le passé, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Nous devons montrer que le Parti Socialiste a mesuré les attentes du pays qui se sont exprimées, ces dernières années, par des votes – lors des scrutins de 2004 ou du référendum de 2005 – et dans les mobilisations sociales – pour les retraites ou contre le CPE. C’est pourquoi j’insiste pour ma part, depuis déjà longtemps, sur le pouvoir d’achat, les services publics, la laïcité ou encore l’écologie active. Tirer les leçons de l’expérience, en positif comme en négatif, c’est un préalable absolu pour mener une bonne campagne puis réussir l’action gouvernementale.

Nous devons aussi présenter aux Français un projet mobilisateur et concret. En 2002, notre projet ne l’était pas suffisamment et on ne gagne jamais les élections sur un bilan, fût-il excellent. Le projet socialiste que nous avons collectivement adopté en juin est un bon projet, que je soutiens pleinement et qui reprend plusieurs propositions que j’ai eu l’occasion de porter, avec d’autres, au sein du Parti Socialiste. Ce projet ne doit pas être affadi, encore moins démoli – je m’oppose, pour ma part, à la distanciation voire la démolition opérée par certains camarades qui, après avoir déclaré leur fidélité au projet, le taillent en pièces. En revanche, je souhaite préciser et enrichir notre projet socialiste. C’est le sens des sept engagements pour 2007 que j’ai rendus publics la semaine dernière pour l’augmentation du Smic et la réduction des inégalités de rémunération, pour le droit effectif au logement ou encore pour la réorientation politique de l’Europe, notamment en matière fiscale, sociale, institutionnelle et de défense. Pourquoi des propositions précises ? Parce qu’il faut que les Français sachent précisément ce qui changera dans leur vie s’ils élisent le candidat socialiste.

La troisième condition pour gagner face à la droite, c’est de permettre le rassemblement durable de la gauche. Pour mener campagne, c’est une évidence. Pour gouverner et transformer, c’est une exigence. Mais le rassemblement des forces de gauche ne sera possible que si le diagnostic de 2002 et le projet pour 2007 sont clairement à gauche.

2) 2007 devra être l’élection du vrai changement en France, mais aussi en direction de l’extérieur.

Vous êtes les représentants des Français à l’étranger et, à ce titre, plus concernés encore que d’autres par la politique extérieure de la France. Je plaide pour une diplomatie nouvelle que je veux esquisser à grands traits.

La nouvelle diplomatie de la gauche sera plus démocratique et moins personnalisée. Bien entendu, le président de la République, chef de l’Etat et des armées, gardera une responsabilité importante et même prépondérante lors des négociations et des rencontres internationales : il en aura la légitimité par le suffrage universel et le devoir. Mais s’il ne saurait devenir un collectif auto-gestionnaire, le président de la République ne doit pas – comme c’est hélas le cas avec J. Chirac et comme ce fut parfois le cas avec la gauche – personnaliser à outrance ou à l’extrême sa relation avec les autres pays. La politique étrangère ne doit pas échapper au contrôle parlementaire.

La nouvelle diplomatie sera celle du développement et des droits de l’homme. Ce n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui. C’est pourtant la mission de la France et c’est son intérêt.

La nouvelle diplomatie sera celle de la relance et de la réorientation de l’Europe. Vous savez la position que j’ai prise lors de la discussion du traité constitutionnel européen. Nos votes ont été divers au sein du Parti Socialiste, mais les Français ont tranché, ainsi d’ailleurs qu’une majorité d’électeurs de gauche et d’électeurs socialistes qui se sont prononcés pour le Non. Notre projet en tient compte. Mais là aussi, je veux l’enrichir et le préciser, d’autant que le prochain président de la République présidera l’Union européenne en 2008 et aura, à ce titre, à conduire la renégociation de la Constitution en la recentrant sur les valeurs et les institutions. D’autres dossiers devront être tranchés au cours du prochain quinquennat : la constitution d’un môle de pays euro-volontaires autour de l’eurogroupe ; l’adoption d’un traité social et fiscal afin de lutter contre le dumping et les délocalisations ; la construction d’une défense européenne avec pour socle une armée franco-allemande, magnifique symbole de paix et de puissance européennes ; les nouveaux élargissements qui devront être subordonnés, à mes yeux, au respect d’engagements clairs en faveur du fiscal et du social.

La nouvelle diplomatie sera celle d’une relation clarifiée avec les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont un grand rôle à jouer dans le monde. L’élection d’un président démocrate après George W. Bush marquera une inflexion, mais pas forcément – hélas ! – une réorientation fondamentale de la doctrine américaine à l’égard des autres continents ou du « choc des civilisations ». Je récuse l’anti-américanisme primaire et je ne suis pas un partisan du suivisme des positions de Washington ou de l’OTAN. Là aussi, il faudra être plus précis et surtout plus efficace que J. Chirac qui, s’il a pu avoir des intuitions justes, les a appliquées en général de façon désastreuse au point de nous isoler d’une partie de la communauté internationale.

3) Enfin, le vrai changement en 2007 ne devra pas laisser de côté nos compatriotes à l’étranger.

Je connais bien le monde et, aujourd’hui comme dans mes différentes responsabilités d’Etat, j’ai eu la chance de le sillonner, de l’observer, de le comprendre. Dans mes déplacements, je rencontre les Français qui sont expatriés et je constate une évolution avec le temps. Pour trop de responsables gouvernementaux, les Français à l’étranger sont considérés comme des Français étranges… Dans certains ministères ou certains médias parisiens, on les imagine comme des nababs gâtés par la multinationale qui les emploie ou cajolés par l’administration qui les envoie. C’est une caricature ! Les Français à l’étranger sont désormais constitués d’une majorité de binationaux dont la situation personnelle, professionnelle, matérielle, financière, impose de nouveaux besoins, donc de nouvelles réponses.

Le projet socialiste est porteur de deux propositions justes en leur direction : l’élection au suffrage universel direct de députés représentant les Français à l’étranger afin qu’ils participent à l’élaboration des lois de la République et la co-tutelle entre les ministères de l’Education Nationale et des Affaires étrangères pour l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger. Ce sont deux avancées attendues et positives.

Je souhaite enrichir et préciser notre projet en formulant trois propositions inspirées des réflexions de votre Fédération et qui seront à notre portée si nous l’emportons en 2007. En matière d’enseignement, je plaide pour une réduction du coût à la charge des familles – l’objectif d’un allégement de l’ordre de 25 % d’ici la fin de la législature est envisageable. En matière de solidarité et d’accès à l’emploi, il faudra créer une Agence pour l’Action Sociale et l’Emploi sous forme d’établissement public afin de mutualiser et renforcer les outils existants. Enfin, la sécurité de nos compatriotes à l’étranger est un impératif absolu dans un monde traversé de menaces et de risques, ce qui suppose que soit reposée la question des moyens alloués à nos représentations, notamment à nos consulats actuellement précarisés par le gouvernement.

Chers camarades, vous êtes les Français de l’étranger, mais vous n’êtes pas étrangers à la France, à son avenir, à son rayonnement. Vous appartenez à la communauté nationale et comprendrez donc, peut-être mieux que d’autres, pourquoi j’entends, devant les socialistes puis devant les électeurs, parler de la France. Cette idée et cette réalité ne sont pas réservées à la droite ou à l’extrême droite. Je suis fier, nous sommes fiers d’être Français. Notre patriotisme n’est pas théorique ou nationaliste, mais concret et ouvert sur le monde. La France a un grand rôle à jouer dans le monde et la francophonie aussi. 2007 doit permettre à la gauche et aux socialistes de le montrer avec force pour la paix, pour la croissance, pour le développement solidaire, pour l’écologie active, pour les droits de l’homme.

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Lundi 11 septembre 2006
Michèle :  C'est désespérant pour le "peuple de gauche", celui qui a dit non le 29 mai 2005. Aucun des candidats de gauche (la vraie, pas la sociale-démocrate) n'est estimé à plus de 5 %. Est-il donc si difficile de vous réunir, d'établir une plate-forme commune et de choisir un candidat antilibéral pour redonner un peu d'espoir ?   

Laurent Fabius :  D'abord, je ne crois pas du tout aux sondages faits huit mois avant une élection. Quand vous regardez ce qui s'est passé en 2002, en 1995, et même en 1981, et puis quand vous regardez les sondages avant le référendum européen, ils se sont toujours trompés.  

Par ailleurs, comme vous le savez, je suis socialiste, je m'inscris donc à l'intérieur du Parti socialiste, et j'espère que ma position de fond prévaudra, car je la crois seule de nature à rassembler la gauche au deuxième tour et à gagner.  

La question de la gauche non socialiste ne se posera essentiellement qu'au deuxième tour. Mais si des non-socialistes souhaitent voter pour moi dès le premier tour, je suis preneur !  

Victor_Serge :  Te retireras-tu pour Jospin pour faire une union contre Royal ?  

Laurent Fabius :  Pour le moment, Lionel Jospin est dans le débat, mais n'a pas encore dit s'il serait candidat. En outre, moi je ne me bats contre tel ou tel, j'essaie de faire avancer mes idées pour. Pour une France forte et solidaire, forte parce que solidaire. J'insiste beaucoup sur les thèmes du pouvoir d'achat, de la laïcité, de l'emploi, de la recherche, d'une autre Europe, d'une République parlementaire. Et il y a des points à cet égard sur lesquels je ne suis pas d'accord avec Ségolène Royal, et je le dis clairement, mais dans un contexte qui doit rester amical et positif. 

"CE SERAIT UNE GRAVE ERREUR QU'IL Y AIT FINALEMENT DEUX CANDIDATS SOCIALISTES"

Capanel :  Est-ce que le scénario suivant est plausible : vous n'obtenez pas "l'agrément" du PS et vous maintenez votre candidature avec le soutien d'autres mouvements de gauche ?   

Laurent Fabius :  Non. J'espère être soutenu par les socialistes, parce que je pense que c'est ainsi qu'on pourra changer le pays, gagner l'élection et ensuite réussir. Mais je crois que ce serait une grave erreur qu'il y ait finalement deux candidats socialistes. 

Nineoma :  Pensez-vous vraiment ce que vous dites lorsque vous dites que vous allez augmenter le smic à 1 500 euros ? Le smic augmentera tout seul indexé sur le coût de la vie et sera forcément augmenté d'ici quelques années à 1 500 euros.   

Laurent Fabius :  Quand j'ai fait cette proposition, pas mal de responsables socialistes m'ont dit : mais 1 500 euros, c'est beaucoup trop ! Et finalement, ils s'y sont ralliés. Mais comme je voulais être plus précis, que la question du pouvoir d'achat est évidemment décisive, j'ai ajouté récemment qu'il y aura tout de suite une augmentation de 100 euros, et il y aura également une conférence salariale pour examiner comment répercuter cette hausse sur les autres petits et moyens salaires.  

Je propose cette augmentation immédiate d'abord pour des raisons de justice sociale. Le smic est aujourd'hui, en brut, à 1 254 euros, cela fait environ 1 000 euros en net. Est-ce qu'on vit bien quand on est marié, qu'on a deux enfants, avec 1 000 euros ?! Je ne crois pas qu'on puisse répondre oui et être socialiste. Donc je persiste et je signe.

Il y a aussi un argument économique : si l'on veut développer l'emploi, il faut que la consommation soit soutenue. Si l'on veut soutenir la consommation, il faut améliorer le pouvoir d'achat.  

Donc que ce soit pour des raisons sociales ou pour des raisons économiques, je maintiens cette proposition de hausse, et je m'étonne quand j'entends des socialistes, y compris de premier plan, qui rechignent.  

Cathy :  Comment comptez-vous financer l'augmentation conséquente du smic qui est annoncée dans votre programme ?  

Laurent Fabius :  D'une façon très précise : en ce qui concerne les petites entreprises, où la question évidemment se pose, il y aura des allègements de charges qui seront eux-mêmes financés, d'une part, par l'annulation de cadeaux fiscaux aux privilégiés faits par le gouvernement actuel ; d'autre part, par la suppression des exonérations de cotisations sociales aux grandes entreprises.  

Donc une action de justice sociale et d'efficacité économique financée à la fois par des annulations de baisses d'impôts injustes et de cotisations sociales inefficaces. Quand on regarde ce qu'a fait le gouvernement depuis maintenant quatre ans, il y a plusieurs milliards d'euros qui sont allés en exonérations fiscales, soit aux plus fortunés, soit aux plus hauts revenus. Nous avons prévu d'abroger ces dispositions.  

J'ajoute que certains, au Parti socialiste, disent : on va réunir les syndicats, le patronat, le gouvernement, pour discuter des hausses des salaires, mais il n'est pas nécessaire d'annoncer une hausse du smic, et encore moins son montant. Je ne suis pas d'accord. Parmi les outils principaux dont dispose le gouvernement en France pour améliorer le pouvoir d'achat, il y a le smic. Si l'on se prive de cet outil, c'est le couteau sans manche, et bientôt sans lame !  

Didier_2 :  Concernant la carte scolaire, quand tu dis qu'il faut supprimer les ghettos avant de modifier la carte scolaire, n'est-ce pas un peu démago ?  

Laurent Fabius :  Non. C'est au contraire prétendre qu'on va lutter pour la mixité sociale en supprimant la carte scolaire, qui l'est. Pourquoi ? Je ne dis pas que la carte scolaire soit parfaite. Mais elle a le mérite d'organiser la mixité sociale. Si on la supprime, ou si on considère qu'elle est dangereuse, cela veut dire que les enfants de familles aisées ou qui ont de très bons résultats scolaires vont quitter certaines écoles pour se précipiter dans d'autres. Ces écoles-là, très demandées, opéreront une sélection. Et évidemment, les enfants sans moyens financiers ou ayant certaines difficultés scolaires seront tous concentrés dans les mêmes écoles laissées pour compte. 
Je dis, moi, qu'il faut améliorer les moyens des écoles qui ont des difficultés, qu'il faut, lorsque c'est le cas, revoir les questions de direction, les questions de personnel, les moyens matériels, l'encadrement. Mais c'est tout de même un raisonnement extravagant que de dire : comme la carte scolaire, qui vise la mixité sociale, n'est pas parfaite, on va la supprimer et démolir ainsi l'un des quelques outils qu'on a pour améliorer la mixité.  

Je trouve d'ailleurs qu'il y a une certaine propension actuellement, lorsqu'on veut lancer des idées de droite éculées, à dire : enfin, on va aborder les problèmes sans tabou ! Moi je reconnais qu'il y a des améliorations à apporter, apportons-les, mais ne jetons pas les enfants avec l'eau du bain !  

Totor : Quelles sont vos propositions concrètes en termes de politique de la ville, pour, comme vous dites, "supprimer les ghettos" ?  

Georgesabitbol : Pardonnez-moi mais quand on voit les résultats de la mixité, on est en droit de la remettre en cause, non ?  

Laurent Fabius : Non. Evidemment, il y a des gens qui sont contre la mixité. On peut dire : les riches d'un côté, les pauvres de l'autre. La mixité n'est pas suffisante, sans doute, mais ce n'est pas une raison pour la détruire complètement.  

Quelles propositions ? J'en fais trois à titre d'exemples :

1) proportionner les moyens qui vont aux écoles en fonction de la catégorie sociale à laquelle appartiennent les élèves. En bref, donner plus de moyens aux écoles dont les élèves sont d'origine modeste ou très modeste ;  

2) organiser un système gratuit d'étude à la fin de la journée de classe pour éviter la marchandisation grandissante des études qui, évidemment, favorise les familles les plus aisées et défavorise les autres ;  

3) pour encourager le recrutement de professeurs issus de milieux modestes eux-mêmes, développer le prérecrutement de bons élèves originaires de ces milieux qui se destinent à l'enseignement et qui seront donc rémunérés avant même d'être enseignants.  

En bref, je suis d'avis de reconnaître les insuffisances du système, d'y remédier par des mesures fortes, et non pas d'abandonner l'objectif de mixité sociale par une espèce de pot-pourri d'idées de droite, ou même d'extrême droite, repeint au goût du jour.  

Enfin, je considère que l'enseignement privé devrait lui aussi être intégré à l'exigence de mixité sociale.  

Ando : Laurent, tu ne t'es pas beaucoup exprimé sur des sujets de société comme l'évolution des mœurs sur les couples gays, comme sur la parentalité homosexuelle. Quelle est ta vision politique sur ces sujets sociaux ?  

Laurent Fabius : Si, je me suis exprimé il y a d'ailleurs déjà pas mal de temps sur ces sujets, en prenant des positions qui, à l'époque, étaient perçues comme d'avant-garde et que maintenant la plupart des dirigeants socialistes rejoignent. Je m'en réjouis. Je suis partisan de l'égalité et à partir de cette notion, j'estime que la législation française devra évoluer, que ce soit sur le plan du mariage ou sur le plan de l'adoption.  

Cela fait déjà longtemps que j'ai pris cette position, et j'espère bien être en situation de la traduire dans les faits après l'élection. D'ailleurs, je vois avec beaucoup d'intérêt que plusieurs pays d'Europe se sont déjà avancés en ce sens, et j'espère que nous allons les rejoindre.  

Ar3637 : Concernant les 35 heures, tout va bien aussi ? Y compris dans nos hôpitaux ? Est-ce être de droite que de dire "on s'est trompé il y a quelques années" alors que l'échec crève les yeux ?  

Laurent Fabius : Certainement pas. D'ailleurs, à l'époque, au gouvernement, j'avais souligné la difficulté particulière qu'il y aurait dans les hôpitaux. Mais une chose est de reconnaître que les conditions dans lesquelles cela a été fait ont été une erreur, autre chose est de tenir un propos réactionnaire en refusant de voir qu'il y a une évolution historique en faveur de la réduction de la durée du travail.  

Plus généralement, je crois être un de ceux qui ont tiré le plus vite et le plus complètement les leçons de 2002. Je considère que nous avons à la fois fait de très bonnes choses sous le gouvernement Jospin, mais aussi commis des erreurs. Je considère que si nous reprenions exactement les mêmes orientations, nous risquerions les mêmes échecs électoraux.  

J'ai dit qu'il fallait écouter ce que le peuple a à nous dire. Moi, je l'ai entendu, à la fois en 2002, au moment des élections régionales, au moment de la contre-réforme sur les retraites, au moment du référendum sur la Constitution européenne, au moment du CPE, et je me suis trouvé beaucoup plus en écho avec le sentiment populaire que certains des dirigeants socialistes.  

J'assume, je ne suis pas d'accord avec les thèses de la droite. Je ne suis pas d'accord non plus avec une gauche qui se contorsionne et qui croit qu'en chaussant les bottes de la droite ou du centre elle va gagner, puis réussir.  

Romain_(Nottingham) : Pour quelles raisons un travailleur ne peut-il pas travailler autant d'heures qu'il le désire ?  

Laurent Fabius : Il y a une souplesse à donner, mais les lois sociales sont là pour apporter une amélioration à l'ensemble de la société. Si l'on adopte ce raisonnement – il n'y a pas de limite à la durée du travail si les gens veulent travailler plus –, alors pourquoi pas 70 heures ?  

Evitons, bien sûr, les comparaisons excessives. Mais autant il y a certaines souplesses qui peuvent être apportées, notamment dans les PME, autant annuler des avancées sociales importantes de la gauche, j'y suis hostile.  

Souplesse : ce peut être des discussions selon les branches professionnelles, des modalités de décompte, la façon de prendre en compte la formation.  

Mais la thèse qui consiste à dire : finalement, on va revenir aux 40 heures dans un premier temps en payant un peu plus, et puis dans un deuxième temps, au nom de la compétitivité, en payant 40 heures 35, non. Car ce n'est pas en sous-payant les salariés français qu'on va développer notre compétitivité. Celle-ci est beaucoup plus liée à la force de notre éducation, de notre recherche, de notre formation, de nos investissements.  

Jospinet : Lors du référendum, nous Français avons dit non à l'Europe, à une réforme pour qu'elle fonctionne à 25 et plus. A part la France et les Pays-Bas, tous les autres pays pas forcément libéraux étaient d'accord avec la réforme. Comment débloquer la situation et avoir une Commission efficace et qui parle au nom de l'Europe ?  

Bronstein : A propos du référendum sur le traité constitutionnel, où est le plan B ?  

Laurent Fabius : Partons des faits. Une question a été posée au peuple français, non pas êtes-vous pour ou contre l'Europe, car une grande majorité des Français est, comme moi, pour l'Europe. Mais quelle Europe et est-ce que le projet de Constitution va dans le sens que vous souhaitez ? La réponse des Français, de la gauche, des socialistes a été majoritairement "non". La mienne aussi. 
Dans les autres pays, il y a eu parfois pas de réponse (on ne les a pas consultés), parfois une réponse négative (Pays-Bas). Dans deux cas, une réponse positive par référendum (Espagne, Luxembourg). Et dans les autres cas, une réponse parlementaire positive, et non pas populaire. D'ailleurs, quand on discute avec les chefs d'Etat et de gouvernement de ces pays, dont le Parlement a répondu "oui", ils vous disent que s'il y avait eu référendum chez eux, la réponse aurait probablement été "non".  

Qu'est-ce que je veux dire ? Je veux dire que, en tout cas en France, la réponse populaire a été "non", et qu'on ne peut pas opposer radicalement le peuple français aux autres : c'est beaucoup plus compliqué que cela.  

Benjiii : Mais comment relance-t-on l'UE en panne ?  

Laurent Fabius : Alors maintenant, que faut-il faire ? Il y a d'abord à relancer des projets concrets. Par exemple bâtir une vraie politique de l'énergie, par exemple augmenter le budget européen, ce que se refuse à faire la droite française, pour développer la recherche, l'éducation, l'action pour l'environnement. Par exemple permettre à l'Eurogroupe de discuter vraiment les questions qui concernent l'euro avec la Banque centrale. Donc la première chose est de lancer des projets concrets.  

Deuxièmement, il faut mettre en route une vraie harmonisation sociale et fiscale vers le haut, car le système actuel introduit une concurrence vers la baisse ruineuse, d'où les délocalisations.  

Il faut enfin préparer une nouvelle négociation de la Constitution en se centrant, à mon avis, sur les parties 1 et 2 du texte, c'est-à-dire les valeurs, les institutions, et sans reprendre dans la Constitution l'essentiel de la partie 3, qui doit être discutée par ailleurs.  

Sur tous ces points j'ai déjà amorcé des discussions avec les responsables européens, et j'ai fait des propositions précises, notamment dans un article du Monde auquel je vous renvoie.  

Mais – et j'insiste sur le "mais" – il n'est en tout cas pas question de suivre le chemin que vient de proposer M. Sarkozy, qui consiste, sous le couvert d'un mini-traité sur les institutions, mini-traité qui serait soumis au Parlement français, à court-circuiter le vote référendaire de la France. Je ne suis absolument pas d'accord pour que là où la France s'est prononcée par référendum, on puisse lui proposer un nouveau choix autrement que par référendum.  

Et je m'étonne que la démarche de M. Sarkozy, c'est-à-dire un mini-traité pour une maxi-imposture, n'ait pas été relevée. Ce que le peuple français a décidé par référendum doit être soumis, d'une façon nouvelle et différente bien sûr, à la France par référendum.  

Enfin, je veux souligner que les chefs d'Etat et de gouvernement ont très bien compris qu'il fallait tenir compte du vote de la France comme de celui des autres pays, et qu'il fallait préparer une solution alternative, puisqu'ils ont même prévu que c'est sous présidence française, en 2008, que devrait être conclue normalement la renégociation du fameux traité.  

Et je vous demande d'imaginer la situation à l'époque : les chefs d'Etat et de gouvernement seront réunis autour de la table pour négocier un autre traité. Croyez-vous que le président de la République française sera dans une situation facile si, demandant une rédaction différente du traité rejeté à ses collègues, il s'entendait répondre : mais mon cher président, tu nous demandes une rédaction différente alors que toi, tu as voté "oui" des deux mains, citation à l'appui ? Je pense que la France aura une position beaucoup plus forte si, pour renégocier le traité, elle est représentée par une équipe, et en particulier par un chef d'équipe, qui a été à l'unisson de ce qu'ont décidé les Français.  

Victor_Serge : Si tu es élu, abrogeras-tu les lois Fillon et Balladur sur les retraites avec pour objectif la retraite pour toutes et tous après 37,5 annuités, à 60 ans ? Que penses-tu de l'idée de compter les années d'enseignement supérieur dans le calcul pour la retraite ? 
Laurent Fabius :
37,5 annuités pour tous, honnêtement, je pense que c'est extraordinairement difficile. Je crois qu'il faudra tout remettre à plat sur la table, car la prétendue réforme Fillon, qui est souvent une contre-réforme, comme d'ailleurs la mesure Balladur, ne règle pas le très difficile problème de la retraite. D'abord, le financement n'est pas du tout assuré. Ensuite, les niveaux de pension pour beaucoup de nos concitoyens, en particulier les femmes n'ayant pas des carrières complètes, vont se trouver très bas. D'autre part, le financement ne repose quasiment que sur les salaires. Tout cela ne va pas.  

Donc il faudra réouvrir complètement ce très important sujet et s'inspirer de quelques idées fortes. Il faut un minimum décent de pension pour chacun. Il faut que les mécanismes de financement reposent sur une assiette beaucoup plus large que seulement les salaires. Il faut qu'on tienne compte de la diversité des métiers, et en particulier de la pénibilité de certains d'entre eux. Voilà quelques principes, qui ne sont pas exhaustifs mais qui devront être pris en compte.  

J'ajoute un point important : c'est la question de la dépendance des personnes très âgées. Ces personnes voient leur nombre augmenter très vite. Nous allons avoir dans les années qui viennent 75 % de personnes de plus de 85 ans par rapport à la situation actuelle. Elles devront être prises en compte non pas, comme aujourd'hui, par les départements avec les inégalités massives de ressources que cela entraîne, mais par la solidarité nationale.  

Et c'est là aussi, comme pour les retraites, un point majeur. Enfin, dernière remarque : la question importante et difficile des retraites sera d'autant plus aisée à régler – si je peux dire – que nous aurons une croissance soutenue et des emplois nombreux. Et donc on revient à ce que nous disions au début : il faut un pouvoir d'achat soutenu, des entreprises dynamiques, de la recherche, de l'éducation.  

Tout est lié. C'est cela que j'appelle la France forte et solidaire, forte parce que solidaire. Et je me distingue en cela de la logique de M. Sarkozy, dont j'ai dit, et je le répète ici, que sa philosophie, pour les retraites comme pour le reste, c'est "marche ou crève". Cela ne peut pas être la devise de la République. 

Jack : Je suis cadre et je pense que mes impôts sont trop élevés. Que proposez-vous ?  

Laurent Fabius : Chacun a tendance à considérer que ses impôts sont trop élevés. Il faut revenir à la Déclaration des droits de l'homme, qui dit – et c'est très juste : chacun doit contribuer à proportion de ses facultés respectives. Alors en France le système fiscal est injuste, le travail est plus taxé que le capital. Les impôts locaux ne prennent pas suffisamment en compte la situation réelle des contribuables.  

On pénalise l'emploi alors que l'emploi est la question n° 1. Et on ne s'occupe pas vraiment de la pollution et de l'encouragement à l'environnement à travers la fiscalité. C'est tout cela qu'il faut changer.  

Ce qui signifie, puisque nous trouverons une situation financière très dégradée à cause de la gestion actuelle, et puisque nous aurons à faire face à des dépenses, notamment pour les services publics (éducation, hôpitaux, logement...), qu'il serait démagogique de promettre des cadeaux fiscaux tous azimuts. Il faudra donc trouver des sources de financement pour notre projet.  

Il y en a trois principales : les ressources dégagées par une croissance plus forte ; le réexamen de tous les chapitres budgétaires ; et l'annulation d'un certain nombre de cadeaux fiscaux injustifiés. Les éléments concrets que nous proposons, à la fois pour la taxe d'habitation, pour les niches fiscales en matière d'impôts sur le revenu, pour l'ISF, pour l'impôt sur les sociétés, etc. découlent de ces principes.  

Dan19 : Il fut un temps, lorsque vous étiez au gouvernement Jospin, vous n'avez pas hésité à prôner la baisse des impôts, vous étiez plutôt favorable aux "ouvertures" de capital de certaines entreprises publiques... vous semblez , à ce jour, arborer des idées plus "gauchistes".... Comment expliquer ce revirement ?  

Laurent Fabius : De gauche, assurément ! Mais de gauche depuis toujours. Reprenons : sur les questions fiscales, le contexte du gouvernement Jospin et le contexte actuel n'ont rien à voir. 

GDF-SUEZ : "CONSULTER LA POPULATION FRANÇAISE TOUT ENTIÈRE"

Nous avons avec Lionel Jospin abouti à une croissance assez forte, à des créations d'emplois, à des dotations importantes des services publics, et à partir de là, nous avons pu décider certaines améliorations fiscales, mais toujours dans le sens de la justice, c'est-à-dire plus importantes pour les revenus petits et moyens que pour les nantis.  

Le gouvernement de droite fait l'inverse : cadeaux aux privilégiés et taxation des petits et moyens salariés. Si nous revenons aux responsabilités, la situation financière ne permettra pas des cadeaux fiscaux tous azimuts. Je vous l'ai dit un peu plus haut. Mais l'objectif de justice fiscale devra être très présent.  

Concernant le capital des entreprises publiques, je n'ai jamais plaidé pour une privatisation d'EDF et je considère que ce serait une grave faute. Je suis même partisan de revenir à la situation où nous nous trouvions avec le gouvernement dont je faisais partie, c'est-à-dire EDF à 100 % public, ce qui sera possible sans coût budgéraire, par exemple par un rachat opéré par EDF de ses propres actions.  

Concernant GDF, j'ai évoqué des partenariats industriels, mais je n'ai ni recommandé, ni évidemment effectué aucune privatisation de cette sorte. Aujourd'hui, avec une question énergétique encore plus aiguë qu'à l'époque, avec des menaces sur notre indépendance nationale, sur les prix de l'énergie, sur l'environnement, ce serait une grave faute de se priver de l'outil public dans ce domaine.  

Je combats donc fermement la position du gouvernement. Un mot sur le débat actuel GDF : le gouvernement est en train d'"amuser la galerie", car la Commission de Bruxelles ne décidera vraiment ce qu'elle veut faire à propos d'un éventuel groupe GDF-Suez qu'en novembre-décembre. C'est-à-dire qu'on demande aux parlementaires de privatiser GDF sans aucune visibilité en ce qui concerne l'objectif théorique de cette privatisation, c'est-à-dire GDF-Suez. Et on peut se retrouver avec cette logique absurde dans une situation où GDF serait privatisé sans que la fusion soit autorisée, ou avec une fusion qui ne pourrait se réaliser qu'à des conditions effarantes. C'est pourquoi j'accuse le gouvernement, qui s'était engagé à ce que jamais la participation publique dans EDF ne descende au-dessous de 70 %, d'une nouvelle tromperie.  

Enfin, je demande qu'on aille au bout de la discussion parlementaire, et si le gouvernement veut brusquer les choses, alors, qu'il ne recoure pas à l'article 49 alinéa 3, fameux et antidémocratique, mais qu'il ait le courage de consulter la population française tout entière. Cela est possible sur la base de l'article 11 de la Constitution.  

Je trouverais scandaleux que sur un sujet où la vie quotidienne (niveau des prix) et l'intérêt général (indépendance énergétique) sont en cause, on court-circuite le Parlement, on court-circuite le peuple et qu'on se livre pieds et poings liés à des exigences qu'on ne connaît pas encore.  

Bruce : M. Fabius, serez-vous présent lors de la Fête de L'Huma, le week-end prochain ?  

Laurent Fabius : Je ne sais pas encore, parce que j'ai été invité par Marie-George Buffet pour le 16 septembre, mais je serai à Lens, dans le Pas-de-Calais le matin et pour le déjeuner, car il y a un débat entre tous les candidats potentiels à l'élection. La question est de savoir si j'aurai le temps de m'y rendre physiquement. Même si je ne le peux pas, j'adresserai un message de succès à Marie-George Buffet pour la fête traditionnelle du PC.  

Chat modéré par Constance Baudry et Alexis Delcambre

Par les Socialistes du Rhône avec Laurent FABIUS - Publié dans : Vu sur le Web
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Dimanche 10 septembre 2006
À peine lancé et déjà cent militants ont rejoints le comité de soutien du Rhône à la candidature de Laurent FABIUS… À continuer et amplifier!

AHERFI Corinne (Vaulx-en-Velin); AIT MATEN Zorah (BF - Lyon 7); AUBERT Pascal (commission fédérale des conflits, CAS - Vaulx-en-Velin); BAH Saddou (Villeurbanne); BAIGUINI Daniel (secrétaire de section, CF - Meyzieu); BARDET Fabrice (CF, CAS - Villeurbanne); BARGE Jacky (secrétaire de section, CF - Amplepuis-Cours-Thizy); BECHKHIR Christian (Vénissieux); BENAÏCHA Muriel (Vénissieux); BENGOUA Nordine (Villeurbanne); BEN HADJ Mahrez (CAS - Villeurbanne); BEN HADJ Senaa (Villeurbanne); BENTAHAR Yasmina (Vénissieux); BENYOUSSEF Azedine (Vénissieux); BERNET Noelle (Meyzieu); BERTHOD Marc (BF - Villeurbanne); BILLOUX Marielle (Lyon 3); BONNAT Denise (Lyon 1/4); BONO Fabienne (commission fédérale de contrôle financier - Villeurbanne); BOUCHENTOUF Faïza (Lyon 8); BOUDEHANE Nabil (Villeurbanne); BOUDSEMA Ghania (Vaulx-en-Velin); BRUNO Catherine (Vénissieux); CARRION Manuel (Francheville); CASOLI Farida (Villeurbanne); CHARRUEL Jocelyne (Lyon 9); CHERMITTI Noria (Villeurbanne); CIDI Jeanne (Vénissieux); COURBIÈRE Philippe (Villeurbanne); DAVID Martine (Lyon 3); DELIOT Raymond (villeurbanne) DERBAL Karim (Vénissieux); NACERI-DION Céline (Vénissieux); DROJINA Raymonde (Villeurbanne); DUEZ Gaël (CF, CAS - Lyon 3); DUEZ Thibaut (Lyon 3); EL HAJJI Jamal (Bron); EMONOT Pierre (Lyon 6); ESCAMEZ Julia (CM - Meyzieu); FAVIER Virginie (CAS - Meyzieu); FRANCILLON André (Lyon 5); GABSI Leila (Villeurbanne) GARBRECHT Odette (conseillère générale, CM - Meyzieu); GAUQUELIN Renaud (maire de Rilleux-la-Pape, conseiller général - Rilleux-la-Pape); GIRARDOT Alain (CAS - Lyon 8); GOMEZ Stéphane (BF, CAS - Vaulx-en-Velin); GOUACEM Leïla (villeurbanne); GOUACEM Myriam (Villeurbanne); GRAMMONT Jean-Luc (Lyon 9); GRISONNET Ginette (Lyon 3); GROSBOT Aimée (Lyon 6); GUEBOUR Gharib (Lyon 7); HADJ-MIMOUNE Melouka (CAS - Villeurbanne); HALITIM Abdelzakr (Vénissieux); HAMDIKEN-LEDESERT Samia (secrétaire de section, CM - Vénissieux); HARROUDJ Katia (Villeurbanne); HOARAU Céline (Vénissieux); JAOUADI Chihed (Villeurbanne); JEHANNO Jean-Vincent (conseiller régional, CM - Lyon 1/4); JOUVE Bernard (Villeurbanne); KA Jacques (Caluire); LALOY Daniel (Lyon 7); LAREDJ Amaria (Villeurbanne); LARGOT Assia (Villeurbanne); LAURET Gilbert (CAS - Lyon 7); LECERF Muriel (CM, CF - Vaulx-en-Velin); LECLERC Élise (CAS - Lyon 3); LEFEBVRE Jacques (Ecully); LURITTI Christian (Rilleux-la-Pape); MADJIDI Habib (Vénissieux); MARCO Roger (Vénissieux); MARGARIN Bernard (Villeurbanne); MATHERON Anna (Lyon 6); MEKSEN Ramdane (Vénissieux); MERABET Mohamed (Vénissieux); MOISSON Renaud (BF - Lyon 7); MORISOT René (Lyon 8); MORISOT Serge (Villeurbanne); MULET-MARQUIS Cédric (Lyon 7); NZONDO Fred (Villeurbanne); NZONDO Olaf (Lyon 3); PAYRAUD Jean-Pierre (Belleville); PEYRETTI Guy (Lyon 1/4); PISTILLI Raphaël (Villeurbanne); PLET Myriam (Lyon 1/4); RAMBAUD Yves (communication); RIVALTA Bernard (conseiller général, conseiller communautaire - Villeurbanne); ROCHEFORT Thierry (Pays Mornantais); ROPERO Josepha (CAS - Meyzieu); ROULAND Emmanuel (BFA - Lyon 3); SANCHEZ Roger (Lyon 9); SANTANA Jean-Claude (Lyon 9); SCHAEFFER Frédéric (Lyon 1/4); SOUFI Najette (Vénissieux); SUCHEL Jean-Bernard (CM - Lyon 3); THEVENON Jean-Marc (CAS - Vénissieux); TIXIER Thomas (Lyon 3); TOUSSAINT Joël (CF - Lyon 6); TOUIZ Nadia (Lyon 7); URBAN Tatiana (Villeurbanne); WIZMAN Marcel (Villeurbanne); YACOUBI Rachid (Vénissieux); YAZIR Fathi (Vénissieux); ZERARI Abdelhouab (Vénissieux).
Par les Socialistes du Rhône avec Laurent FABIUS - Publié dans : laurent.fabius.69
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